Art dans l’air No 11 – Bimestriel – Novembre, Décembre 2014

DANIEL ANNE
« Sur les traces du vivant »

La figure qui traverse la rue, la femme qui se dénude dans la pénombre, le visage qui crie ou la main crispée de douleur … Quelque soit le sujet, Daniel Anne piste les expressions humaines, chez l’homme évidemment, mais aussi parfois chez des animaux qui peuvent partager avec lui quelques expressions ou attitudes … Rencontre avec un dessinateur hors pair qui ne s’éloigne du trait que pour mieux saisir des gestes expressifs.

A.D.A 1Daniel Anne dessine. Le fusain à la main, ou parfois directement le pinceau, chargé d’encre ou de brou de noix. Et sur la feuille apparaissent vite des visages ou des silhouettes. Des personnages en tout cas, souvent saisis dans le mouvement. Mouvement des corps, ou cri du visage, femme qui se dénude, boxeurs sur le ring, silhouette qui marche dans l’ombre, homme qui se prend la tête dans la main (« la honte »), …
Pêle-mêle, l’artiste enchaîne les portraits, les autoportraits, les nus, les visages pris dans la presse ou dans des films. La plupart du temps, Daniel Anne les tire d’un contexte trop précis pour les intégrer à son univers. Plus rarement, il garde un titre qui évoque l’origine de l’image, comme cette grande scène intitulée Stalker, en hommage au cinéaste russe Tarkovsky et à son œuvre qui est à la base du dessin ; ou encore comme ces esquisses tirées directement du retable d’Issenheim, œuvre dans laquelle, sans surprise, l’artiste a retenu les éléments les plus expressifs, notamment les mains du Christ, clouées à la croix et crispées de douleur.

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Mais ces dessins très précisément sourcés et titrés restent l’exception. Daniel Anne préfère effacer la source du dessin qui pourrait le rendre anecdotique. Il reste une scène intemporelle, réaliste, ou fantasmé, gros plan ou scène composite. Mais dans tous, du vivant, du mouvement. Pas de paysages, pas de nature morte.
Pour bien rendre le mouvement, il privilégie les grands formats, qui lui permettent de concilier la précision du dessin et les grands traits de couleur qui peuvent préciser un contexte, apporter une ambiance. Les traits de dessin qui sous-tendent l’œuvre restent toujours visibles. Volontairement. Non pas pour montrer la maîtrise technique de l’artiste, mais pour garder la spontanéité du geste.
Les tons dominants sont simples et peu nombreux : le noir de la mine de plomb, du fusain, ou de l’encre de Chine, et le brun du brou de noix. Très peu de couleurs, un geste rapide qui est en phase avec cette volonté de peindre des choses comme si elles étaient prises sur le vif. « La base de mon travail, c’est vraiment le dessin, quelle que soit la technique. Et quand j’ai recours à la couleur, c’est souvent un ton dominant et quelques rehauts de couleur complémentaire, mais guère plus ». Le dessin peut aussi envahir de vieilles feuilles qui ont vécu une autre vie : feuilles jaunies de livre où apparaissent encore des lignes de texte ou des croquis ; partition de musique… Et parfois, si l’artiste utilise une page blanche, il va compléter son dessin avec de vieux morceaux de journaux. L’utilisation des textes n’est pas importante. En revanche, ces ajouts contribuent à rendre la présence humaine encore plus forte dans ce travail. L’être humain est le sujet représenté, c’est aussi celui qui a fait les traits de crayon qui restent visibles et c’est encore lui qui a écrit ces bouts de phrase ou composé ses bouts de mélodie.

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Daniel Anne peint essentiellement à partir de photos, parfois aussi à partir de ce qui l’entoure : attitudes de gens croisés dans la rue, portraits des collègues, etc. Mais parfois aussi il laisse partir son crayon sans avoir aucun support visuel, ce qui ne l’empêche pas de rester dans quelque chose d’extrêmement expressif. C’est le cas par exemple pour cette meute de chiens issue de son imagination, une meute qui fonce droit sur celui qui la regarde. Car à côté des figures humaines se trouve un bestiaire non négligeable. Daniel Anne n’a jamais mis les pieds en Afrique, et pourtant… Jamais il n’a vu de gorille hurler dans la jungle, ou de charognards (au choix : vautours, marabouts, hyènes, etc) se disputer un bout de viande. Jamais non plus il n’a été poursuivi par une meute de chiens.
Sa peinture est pourtant emplie d’un bestiaire, souvent africain, où chaque animal frappe par sa présence et… son « humanité ». Clairement, ce qui intéresse l’artiste, c’est ce qui peut être commun entre l’homme et l’animal, des expressions chez l’animal qui peuvent nous parler, des attitudes qui, sans faire d’anthropomorphisme à outrance, ne sont guère éloignées de certaines postures humaines. « Ma priorité reste l’humain et si je peins beaucoup d’ animaux ce n’est que pour mettre en valeur l’ homme … », précise le peintre.
« Cela fait une quinzaine d’années que je peins de manière récurrente les animaux, poursuit l’artiste. Au départ, beaucoup de gorilles, de singes, de chiens, mais assez vite les marabouts, les hyènes, les vautours. Sans oublier les plus gros, et pourtant les plus menacés, comme les rhinocéros ».

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« Je ne me considère que comme un animal évolué, et je pense que si tout le monde acceptait cet état de fait, les choses seraient plus simples ».
Le chien montre les dents, le gorille hurle, l’hyène rôde, le marabout s’envole, la femme se déshabille, l’homme court… l’artiste dessine. Les traits de crayon de l’artiste ne font que souligner la vivacité des êtres représentés. Une technique en parfaite symbiose avec ces sujets.
Daniel Anne a longtemps travaillé comme assistant photographe puis comme photographe en Normandie. Il prend alors beaucoup de photos qui mettent en valeur le mouvement, notamment des photos de danseuses où la seule chose qui intéresse l’artiste est le geste en action, la dynamique. « Mon éducation artistique vient beaucoup de la photo, je pense que cela se ressent dans mon travail actuel ».

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En 1996, il décide de se consacrer davantage au dessin qu’il n’a jamais cessé totalement de pratiquer. Quelques années plus tard, il s’installe à Uzès où il poursuit dans cette voie. Pendant des années, il détruit autant qu’il crée, pour arriver aujourd’hui à être davantage satisfait de son travail. « Mais quand même, comme je détruis encore beaucoup, je préfère travailler sur de grandes feuilles de papier plutôt que sur des toiles !

A.D.A . Couv

Site de la revue Art dans l’air: http://www.artdanslair.fr/

 

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